Pièce rapportée d’Hélène Lenoir

Hélène Lenoir

La sélection de Siagrius

Meilleur compte rendu : Du poison dans l’eau bénite de Claire Devarrieux dans Libération

Meilleure critique des lecteurs: Dominique Baillon-Lalande, Encres vaganbondes

Née en 1955, Hélène Lenoir est germaniste de formation et professeur de français. Elle vit en Allemagne.

 

 

 

Résumé sommaire: Pièce rapportée, le dernier roman (2011) d’Hélène Lenoir.

La romancière a de nouveau fait de la famille son terrain d’exploration. Cette fois-ci, c’est Elvire qui est le personnage principal et souffre-douleur. Elle a épousé Frédéric Bohlander, avocat, fils de bonne famille, mais un milieu très fermé et surtout très catho. Le frère de Frédéric est curé et ils ont deux sœurs: Violaine et Nathalie Bohlander. Nathalie se brouille avec la famille à propos de l’héritage de son père, s’exile à Rome où elle met fin à ses jours.

Elvire et Frédéric ont deux enfants, Anne et Claire. Frédéric regrette de ne pas avoir de fils pour continuer la lignée des Bohlander. Il est odieux, peu sympathique et en plus vantard et hâbleur[1].

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Le système Victoria d’Eric Reinhardt

Le système Victoria, Stock, 2011, 528 pages.

Éric Reinhardt est né en 1965 à Nancy. Il vit et travaille à Paris. Il est éditeur de livres d’art. Il est l’auteur de Demi-sommeil (Actes Sud, 1998), du Moral des ménages (Stock, 2002) et de Existence (Stock, 2004).

Compte rendu de Christine Rousseau dans Le Monde supplément littéraire du 2 septembre 2011

[…] “Née à Barcelone d’une mère anglaise et d’un père allemand, Victoria de Winter, épouse d’un violoncelliste qu’elle admire et mère de quatre filles, partage sa vie entre Paris et Londres où elle vit et travaille comme DRH de haut vol dans une multinationale. Femme de droite, rompue aux lois du marché auxquelles elle adhère sans réserve ni états d’âme, elle saute d’un point à l’autre du globe pour négocier, restructurer, délocaliser et fusionner travail et plaisir… de la chair. Quand son amant, David Kolski, reste englué dans une existence bornée par son chantier à la Défense, sa vie de famille dans un pavillon de Rambouillet et ses principes d’homme de gauche, idéaliste et rêveur. Issu d’un milieu modeste, marié à Sylvie, sujette à des crises maniaco-dépressives, cet ex-architecte reconverti en directeur de travaux s’échine, sans compensation ou considération aucune, à tenir les délais d’Uranus : la plus haute tour de France dont l’érection donne le tempo du livre. Rien de commun donc entre cette femme farouchement libre qui éprouve sa vie dans l’instant pour mieux la fuir et cet homme rompu et prisonnier de rêves avortés. Sauf le sexe, peut-être…

Erotisé par l’enchantement de cet « exotisme idéologique », il est le point d’ancrage de ces quadragénaires, leur ligne de fuite et d’évasion hors du réel. Mais également leur ligne de front. Car dans cette bulle érogène où luxe et luxure vont de pair, David, traversé de sentiments contradictoires, peine à jouir. Et à suivre la frénésie charnelle (à laquelle fait écho celle, textuelle, des courriels-fleuves et des textos) de cette femme multiple qui se meut dans un espace-temps où toutes les frontières (morale comprise) sont abolies. Vitesse, (im) pulsion, énergie, fusion de l’intime et du professionnel, fragmentation… « Tel est le système qui fondait l’existence de Victoria : ne jamais être à la même place, se segmenter dans un nombre d’activités et de projets, pour ne jamais se laisser enfermer dans aucune vérité – mais être à soi-même, dans le mouvement, sa propre vérité. ”

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Le commentaire de Bernard Quiriny  dans Le magazine littéraire du 8 septembre 2011

L’avis de Siagrius:

Banale « histoire de cul » et, qui plus est, invraisemblable. Une DRH (Victoria est directeur des ressources humaines dans une entreprise internationale et travaille à Londres) passe la plupart de son temps dans le TGV entre Londres et Paris, trajet qui est habituellement suivi d’un rendez-vous dans une chambre d’hôtel avec son amant David (le narrateur qui est architecte). Elle partage son temps entre son boulot, son amant et sa famille (un mari musicien, quatre enfants restés à Paris) dont elle ne se s’occupe qu’accessoirement. Ce n’est d’ailleurs qu’après bien des passages dans cette chambre d’hôtel que le narrateur apprend, à sa très grande surprise, que Victoria est mariée et mère. La vie sexuelle de Victoria se déroule entièrement en dehors du mariage et est de plus en plus débridée. Plus le roman avance, plus ses fantasmes sont morbides et invraisemblables.

Roman décevant. L’assassinat crapuleux de Victoria n’est pas une surprise : l’auteur l’a déjà laissé entrevoir dans les pages antérieures. Le lecteur est préparé et n’est nullement surpris du déroulement fatal. Un jour, ça devait mal tourner …

Thèmes annexes : la vie stressante d’une DRH, le monde de la construction immobilière (tour Uranus, à la Défense), la globalisation de l’industrie lourde.

Beaucoup de digressions, roman très fragmenté. Les pages consacrées à Sylvie, la femme de David, le personnage principal, constituent un roman dans le roman. A mon avis, la meilleure partie du roman que l’auteur aurait dû faire suivre d’un point final.

Pourtant, le style et la langue prouvent qu’Eric Reinhardt est un auteur doué. Dommage qu’il n’ait pas choisi un sujet moins provocateur et donné plus de structure à son roman.

Un bon écrivain doit savoir arrêter à temps … La prolixité est mauvais signe …

Michel Houellebecq et Eric Reinhardt: même combat?