Jérôme Ferrari Le sermon sur la chute de Rome

Prix Goncourt 2012

Agrégé de philosophie, né en 1968 à Paris, Jérôme Ferrari a enseigné au lycée international d’Alger puis à Ajaccio. La rentrée prochaine, il poursuivra sa carrière d’enseignant au lycée français d’Abou Dabi. Il a commencé à écrire en 2001. Son troisième roman Balco Atlantico, paru en 2008, s’inspire de la Corse. Son roman suivant, Où j’ai laissé mon âme, se déroule pendant « les événements » d’Algérie.

Son dernier roman, Le sermon sur la chute de Rome[1], paru après une gestation de plusieurs années, a de nouveau la Corse comme décor. Y figurent deux personnages secondaires sortis des romans cités ci-dessus: Virginie Susini et le militaire André Degorce

Dans l’interview de Ferrari réalisé par Actes Sud, l’auteur distingue trois fils narratifs.

L’histoire s’ouvre sur la figure du grand-père Marcel, né en Corse à la fin de la guerre de 14-18. Celui-ci regrette de n’avoir pu combattre pendant la Seconde Guerre mondiale. Après les hostilités, il part travailler comme administrateur dans les colonies. Il y perd sa femme. Le garçon né de leur mariage est confié à sa sœur qui l’élève ensemble avec sa propre fille Claudie. Bien que cousins germains, les jeunes se marient et ont deux enfants: Aurélie et Mathieu. La vie de Marcel s’étend sur la majeure partie du 20e siècle. Sa vie est un échec, aussi bien sur le plan personnel que sur le plan professionnel: veuf, mauvais père et fonctionnaire dans un monde finissant, celui de l’empire colonial français.

Mathieu et son copain Libero, inscrits en philosophie à La Sorbonne et préparant une maîtrise sur Leibniz et saint Augustin, décident d’abandonner leurs études et de reprendre un bar dans un village corse. Ce retour dans le giron de la terre ancestrale leur semble l’occasion rêvée de mettre en pratique, selon les préceptes de Leibniz, le meilleur des mondes possibles. Le bar où ils attirent de nombreux clients, est tenu par les deux compagnons et par quelques serveuses à qui ils ont permis d’y loger. Le meilleur des mondes finit par devenir un enfer. L’une après l’autre, les serveuses quittent l’établissement (après des affaires de vol et de détournement d’argent), et Libero, qui a également décidé de partir, descend un des clients d’un coup de revolver. Quant à Mathieu, il renouera avec sa vie antérieure en épousant Judith, l’étudiante en philosophie qu’il a connue avant son départ pour la Corse.

Saint Augustin entre en scène dans le dernier chapitre. Ferrari fait allusion au fameux sermon sur la chute de Rome prise par les Wisigoths d’Alaric au début du 5e siècle:

« Regardez autour de vous, vous qui m’êtes chers. Rome est tombée mais n’est-ce pas, en vérité, comme s’il ne s’était rien passé ? La course des astres n’est pas troublée, la nuit succède au jour qui succède à la nuit, à chaque instant, le présent surgit du néant, et retourne au néant, vous êtes là, devant moi, et le monde marche encore vers sa fin mais il ne l’a pas encore atteinte, et nous ne savons pas quand il l’atteindra, car Dieu ne nous révèle pas tout », dit saint Augustin dans son prêche dans la cathédrale d’Hippone, l’actuel Annaba en Algérie. (p. 200)

 « Aeterna promisit Aeternus! » L’Eternel n’a promis que l’éternité et pas plus! Les mondes, le grand et les petits, naissent, croissent et meurent, commente Ferrari dans son interview. Ici bas, rien n’est éternel, tout est passager et sujet à des situations et événements inattendus. Ainsi va la vie, n’en faisons pas un drame.

Le Monde a consacré deux pages de son supplément littéraire (24 août 2012) à Ferrari et considère Le sermon sur la chute de Rome comme un des meilleurs romans de la rentrée.

Style brillant, rapport à première vue quelque peu déconcertant entre un bar corse et un sermon qui date du 5e siècle. Le titre de deux chapitres, tiré des sermons de saint Augustin, est plus qu’éloquent :

Ce que l’homme fait, l’homme le détruit.
Car Dieu n’a fait pour toi qu’un monde périssable.

A conseiller!

Autres compte-rendus :

Le Monde, supplément littéraire du 24 août

L’express 

L’express 

Rue 89

 


[1] Actes Sud, 2012, 202 pages.

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