Un héros, roman de Félicité Herzog

Grasset, 2012, 302 pages

Lors de la rentrée littéraire de 2011, Laurent de Villiers avait publié Tais-toi et pardonne qu’il est venu présenter dans l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier. Félicité Herzog a fait de même le 15 septembre dernier.

Laurent de Villiers et Félicité Herzog lavent tous les deux le linge familial en public, l’un sous forme de “témoignage“, l’autre dans un soi-disant «roman », terme qu’elle emploie de façon inappropriée, nous semble-t-il. Un héros n’est rien d’autre qu’un témoignage, le récit d’une femme qui raconte son enfance et son adolescence et celles de son frère, années qu’ils ont passées ensemble auprès de leur mère et leurs grands-parents. 

Pour le contenu, nous renvoyons à:

-l’excellent compte-rendu de Pascale Nivelle dans Libération 

-la présentation par l’auteure de son livre sur You Tube

-le passage de l’auteure sur le plateau de Laurent Ruquier le 15 septembre 2012

Dans cette saga familiale, nous remarquons trois fils narratifs:

1. le rôle du père: Maurice Herzog, alpiniste célèbre, qui, en 1950, a (aurait ?) réussi l’ascension de l’Annapurna, l’un des sommets himalayens. Depuis, cette performance a été régulièrement contestée[1], ce qui n’a pas empêché le gouvernement français de l’exploiter afin de redorer son blason national terni par la débâcle de 1940 et la collaboration qui a suivi.

Ce héros national, ministre des sports de Charles de Gaulle, divorcé de leur mère, est “aux abonnés absents” quand Laurent et Félicité ont besoin de lui.

2. La famille maternelle

Tout d’abord, Marie-Pierre, leur maman, caractère rebelle et vie turbulente, chassée par ses parents après avoir épousé un Juif dont elle se sépare déjà quelques années après pour se remarier avec Maurice Herzog, le héros national du moment. Ce mariage la réconcilie avec sa famille. Intellectuelle, agrégée de philosophie, Marie-Pierre n’est pas faite pour le rôle de mère.

Pierre et May, les parents de Marie-Pierre, sont complètement déphasés, ancrés dans le 19e siècle et la belle époque, héritiers de l’empire industriel Schneider du Creusot et poursuivis après la guerre pour collaboration économique avec l’ennemi. Ils disposent d’une énorme fortune et possèdent deux châteaux, l’un dans les Yvelines et l’autre dans le Cher. Ce sont May et Pierre qui s’occupent de l’éducation de Félicité et de Laurent pendant une grande partie de l’année.

3. Laurent et Félicité

Laurent, l’aîné, violent, déséquilibré, schizophrène, dont, en dépit de signes précurseurs, on n’a découvert les véritables troubles que très ou trop tard, sans doute aussi parce que la famille maternelle et Maurice Herzog en minimisaient les symptômes. Laurent ne réussit pas à être à la hauteur de la légende de son père, rate des études universitaires trop lourdes pour lui, est à plusieurs reprises soigné dans une clinique psychiatrique (il se croit poursuivi par des puissances hostiles), et finit par s’enfuir et disparaître dans la nature pendant quelques semaines. La police le retrouve et il est confiné dans le château familial où il retrouve le calme et le repos. Un jour, on découvre son corps en bas de l’escalier: accident? suicide? infarctus?

Pendant son adolescence, Félicité, née après le divorce de ses parents et conçue pour être la protectrice et la doublure de son frère, s’évade dans la lecture et les contes. Elle réussira dans le monde des finances internationales. C’est elle qui va réaliser la carrière dont son frère rêvait.

 

Félicité Herzog, dont le style et la qualité de l’écriture sont incontestables, a dédié son « roman » à sa mère. Etrange.

On regrette cependant le manque d’unité: les vingt-huit chapitres se succèdent sans lien logique et les chapitres 23 et 24, où elle raconte son succès dans le milieu financier américain, nous semblent tout à fait inutiles et superflus.

Qui est donc le héros de ce « roman »? C’est Laurent, dit Félicité, mais l’histoire de son frère est effacée par le reste, surtout par l’exploit et le rôle de Maurice Herzog. En voyant le titre et le nom de l’auteure, c’est à Maurice Herzog – à qui sont d’ailleurs consacrés les premiers chapitres – que pensent tout de suite les lecteurs. Est-il déraisonnable d’avancer que, si Laurent en est le héros et que Félicité ait été conçue pour être sa doublure, que celle-ci en est la co-héroïne?

Au cours de l’émission On n’est pas couché, elle qualifiait d’”hypothèse romanesque“ ses doutes à propos de la véracité de l’exploit paternel. Cela relève du double langage et constitue le trait le moins sympathique de sa personnalité. Elle suggère la tromperie[2] sans qu’elle puisse la prouver!

Dès lors, on peut se demander dans quel but elle a écrit son “roman”: honorer son frère défunt ou nuire à son père et détruire la légende qu’il a soigneusement bâtie et entretenue? Règlement de comptes familial?

 


[1] Voir par exemple l’excellent aperçu par Bruno Lesprit sur le site du Monde

[2] “Un mensonge de cordée et l’édification de ce qui deviendra un mythe national” (p. 57-58)

 

 

 

 

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